28.03.2007

Petite leçon de justice

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La providence prend parfois des voies pour le moins surprenantes. Une semaine aprés l'altercation entre parents d'élèves et policiers lors de l'interpellation d'un sans papier, l'émeute de la gare du Nord prend une résonnance particulière. Le déroulement des événements prête pour le moment à caution. Il semblerait que le point de départ soit l'interpellation d'un homme (apparemment sans papier) qui tentait de voyager sans titre de transport. Accosté par des agents de la RATP, il les aurait agressé. Des gendarmes qui patrouillent dans la gare l'arrêtent. C'est alors que la situation dégénère : des « jeunes », qui n'ont apparemment comme autre occupation que de zoner dans la station de métro prennent fait et cause pour le contrevenant. Ils attaquent les forces de l'ordre et dévalisent les commerces à proximité, avec une préférence particulière pour les magasins de sportswear.


En fonction des présupposés idéologiques, les différentes interprétations varient. La gauche préfère y voir les conséquences de la politique de Nicolas Sarkozy. La droite condamne elle sans équivoque ces conduites, en appelant au respect de l'ordre publique.


Je ne vois pas dans ces événements une révolte juste contre un ordre social aliénant. J'y vois seulement de la petite délinquance. Il y'a quelque chose qui cloche fortement dans ce pays, si maintenant à la moindre intervention policière la population se ligue contre la police, qui rappelons est censée garantir le respect de la loi, elle même issue, dans notre chère démocratie, de la volonté populaire. Amoindrir ou supprimer la répression ce n'est pas faire preuve de diplomatie mais juste de lâcheté. Il n'y a rien à négocier.


Les individus en question, majoritairement jeunes, de banlieue et -tabou suprême- d'origine immigrée, ne sont pas, comme veulent le croire nos camarades gauchistes ou socialistes, les nouveaux hérauts de la révolution prolétarienne. A l'époque les élites communistes rassemblaient les individus de cette trempe sous le terme de lumpen prolétariat, soit la lie de la société. On ne peut se bercer dans l'illusion que ces individus se rebellent pour une société plus juste. Ils n'ont aucune conscience politique. Leur seule aspiration, leur mythe, c'est la marchandise. Ils ne veulent pas d'une société égalitaire, pacifiée. Ils ne veulent pas modifier le systéme, mais seulement y prendre de plein droit leur place. Et pour ceux qui accédent à la conscience politique, la pente ne les pousse pas vers le marxisme ou le socialisme, mais plutôt vers un repli identitaire, comme le montre l'expansion des mouvements salafistes, et autres tendances fondamentalistes.


Comment justifier les agressions contre des jeunes manifestants lycéens et étudiants? Comment justifier les meurtres commis pendant les émeutes en banlieue? Comment justifier la destruction des véhicules des travailleurs périurbains? Comment justifier le vandalisme et les marchés parallèles, les comportements mafieux dans ces zones de non droit? A quand la prise de conscience par les supposés amis de la classe ouvrière, que celle ci est doublement victime : à fois du capitalisme sauvage et de la petite criminalité des bandes?


Les classes populaires ont vite compris où est leur intérêt. Elles ne se retrouvent pas dans les partisans de l'internationalisme, cousin germain du libre échangisme. Elles ne se retrouvent pas dans ceux qui défendent les petites frappes. Par ce qui pourrait passer par un étrange paradoxe aux yeux d'un marxiste revendiqué, elles donnent leur confiance à la droite nationale.


L'affaire de la directrice arrêtée pour s'être interposée à l'arrestation d'un sans papier est révélatrice d'un certain climat politique. Je reconnais évidemment que la manière dont s'est déroulé cette interpellation est pour le moins maladroite (devant une école, avec présence d'enfants). Mais ,sans revenir sur le fond de l'affaire (faut il ou non régulariser tous les sans papiers, et à fortiori ceux qui ont des enfants scolarisés : ma réponse est non), comme je l'écrivais plus haut, nous sommes encore en état de droit. C'est à dire qu'il existe des lois, qui doivent être appliquées. Je peux très bien comprendre que des gens trouvent ces lois injustes, mais en démocratie on se soumet à la légitimité, ou alors on se retire du jeu démocratique, et on entre en rébellion. Puisque comme ils le sous entendent ces pratiques sont dignes de Vichy et du Troisième Reich, comme le montre l'usage immodéré du terme de rafle, il serait logique que ces humanistes prennent le maquis. Mais on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière : on ne peut pas violer la loi au nom des principes démocratiques et espérer s'en tirer sans aucune égratignure. Notre société manque déjà suffisamment de repères, si deux des piliers que sont l'école et la famille montrent le mauvais exemple, on est mal barré. Il y'a quelque chose de pourri au royaume de France.

 

Kersten

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