24.03.2007

La tête de turc

 
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Décidemment Ségolène Royal a un sérieux problème avec l'identité. Je me suis déjà étonné du fait que cette républicaine revendiquée s'offusque de l'emploi par Sarkozy du terme d'identité nationale et de son  « amalgame ignoble » avec l'immigration. Se rendant certainement compte qu'elle n'était pas en phase avec l'opinion publique, elle tente de se redonner des allures de Marianne en exhortant le bon peuple de France à chanter la Marseillaise. A regarder les meetings socialistes, il semble qu'il y'ait du boulot, à commencer par la dame, qui apparemment ne connait pas les paroles de l'hymne national. Ou alors n'a t'elle pas confiance dans son organe vocal? Tout ça donne l'impression de navigation à vue. Rappelez vous par exemple ses propos sur la défense et l'éducation qui ont nécessité ,une semaine aprés, un sérieux correctif de sa part.



Dans un livre d'entretien avec l'éditorialiste de Elle, la parachutée du Poitou enfonce le clou et nous offre sa vision de l'Europe. Premier point l'Europe n'est pas qu'un marché -jusqu'ici tout va bien- c'est avant tout projet politique -rien de choquant- mais -et oui il fallait bien un mais- « l'Europe n'est pas un territoire » ni une culture.Elle s'oppose par exemple à la vision de Benoit XVI selon laquelle «la religion chrétienne, qu'il définit comme née de la rencontre de la foi biblique et de la pensée grecque, serait, selon lui, la seule à avoir un rapport privilégié avec la Raison et constituerait, aujourd'hui comme hier, le fondement identitaire de l'Europe. C'est oublier que la philosophie grecque nous est revenue grâce aux traducteurs arabo-musulmans et qu'au Moyen-Age les principaux penseurs qui débattaient entre eux des rapports de la foi et de la raison étaient chrétiens, juifs et musulmans » . C'est évidemment l'argument tarte à la crème de tous les masochistes qui vouent aux gémonies notre culture. Hors cette vision est largement contestée par les historiens dont Jacques Heers, médiéviste renommé : « Par un curieux acharnement à travestir le vrai, nos livres pour l'enseignement secondaire et les publications destinées au grand public s'appliquent à faire croire que les auteurs de l'Antiquité ont tous sombré dans un noir oubli dés la chute de l'Empire d'Occident et ne furent à nouveau connus en Occident que par les Arabes qui eux prenaient soins de les traduire. Ce ne serait qu'au temps de la renaissance, au réveil d'un sommeil de plus de mille années, que les humanistes en Italie puis en France et en Angleterre, auraient pris le relais et étudié les textes grecs et romains. Tout cela est à revoir. Les leçons et les principaux ouvrages des savants, philosophes, poètes et dramaturges de l'Antiquité ne furent jamais, à aucun moment ignorés des lettrés en Occident. Aristote était connu et étudié à Ravenne, au temps du roi des Goths Théodoric et du philosophe Boèce, dans les années 510-520, soit plus d'un siècle avant l'hégire. Cet enseignement celui de la Logique, notamment n'a jamais cessé dans les écoles cathédrales puis dans les toutes premières universités. L'on se servait alors de traductions latines des textes grecs d'origine que les clers et les érudits de Constantinople avaient pieusement gardés et largement diffusés. Les traductions du grec en langue arabe et de l'arabe en latin, que l'on attribue à Avicenne et Averroès sont apparues relativement tard, alors que tous les enseignements étaient déjà en place en Occident et que cela faisait plus d'un siècle que la Logique, directement inspirés d'Aristote, était reconnue comme l'un des septs « arts libéraux » du cursus universitaire. »


La première conséquence logique est que l'Islam a toute sa place en Europe, puisque d'une certaine manière elle en est à l'origine : « Nos concitoyens musulmans sont des Européens à part entière car l'Europe, contrairement à ce qui s'en dit dans certains cercles de droite, n'est pas un club chrétien : rappelez-vous les malheureux citoyens de Bosnie-Herzégovine, si souvent musulmans et si puissamment européens ! ». C'est oublier les rapports conflictuels entre Europe et Islam. Si les musulmans ont naturellement leur place sur notre continent et que nous faisons tous partie d'une grande communauté spirituelle comment expliquer – je sais ça va faire un peu cliché mais il faut rappeler quelques vérités historiques- les croisades, la Reconquista espagnole, la bataille de Poitiers... Ou encore celle du Kosovo, qui a vu s'affronter slaves et turcs, et dont nous observons aujourd'hui encore les conséquences dans les Balkans. Sans tomber dans le systématisme du choc des civilisations -il est certainement possible de s'entendre avec les musulmans-, il ne faut pas sombrer dans l'angélisme béni oui oui universaliste, qui affirme que les différences culturelles ont disparues, remplacées par les identités-marque. L'actualité nous montre chaque jour que l'Islam radical gagne du terrain , d'ailleurs par rejet de la mondialisation capitaliste, et qu'il peut demain prospérer dans une Europe bercée d'illusion et sans identité à opposer.


L'Europe n'est donc pas un territoire, elle peut donc s'étendre à l'ensemble du Monde, pour peu que les pays soient en phase avec l'idéal libéral et démocratique. Cohérente, Ségolène Royal est favorable à l'entrée de la Turquie en Europe, pas immédiatement, mais tout de même à moyen terme. Elle avance un argument très discutable : « Du point de vue géostratégique, l'Europe a beaucoup à gagner à l'intégration de la Turquie. Quelle belle démonstration dans un monde hanté par le choc des civilisations ! ». Il va falloir m'expliquer comment l'Union Européenne ,incapable de contrôler ses fontières actuelles et de rétablir seule la paix dans les Balkans, va t'elle pouvoir gérer l'extension de son territoire jusqu'à la zone hautement conflictuelle du Proche et du Moyen Orient? De plus l'entrée d'un pays ouvertement pro-américain ne risque t'il pas de rendre encore plus compliquée une diplomatie européenne autonome, pourtant voulue par la candidate socialiste. D'autant plus que ce pays ,fort des ses 100 millions d'habitants (rappelons que l'Europe compte actuellement 450 millions d'habitants) et d'une fierté atavique exacerbée, sera amené à jouer un rôle considérable.


Ségolène Royal avoue une passion pour Jeanne d'Arc. Peut être comme la bergère de Donrémy, entend elle des voix. Mais apparemment celles ci ne lui dictent pas la même attitude. Ce que l'ensemble des grandes puissances mondiales affirment avec force – la volonté de lutte au nom d'une identité- l'Europe, elle le nie. Elle s'aveugle dans sa vision idéaliste d'un monde pacifiée, où tout ne serait qu'amour et tolérance. Le monde aurait il à ce point changé, je ne le crois pas. Bien au contraire, les relations internationales n'ont jamais semblé aussi incertaines et tendues. Il ne s'agit évidemment pas d'exalter des valeurs guerrières et d'encourager une montée aux extrêmes. Il y'a de la place pour une diplomatie de coexistence. Mais au préalable il faut savoir qui l'on est -ce qui nous distingue des autres- et nous doter des moyens d'une politique de puissance qui nous permette de nous faire entendre des autres. A force de ne pas savoir qui elle est, l'Europe à perdu cette volonté de lutter – si rien ne nous distingue des autres, à quoi bon lutter-. Les socialistes risquent de creuser encore plus profondément la tombe dans laquelle notre culture est en train de se précipiter.



Kersten

Commentaires

Bonjour,

Quel est le livre de Jacques Heers que vous citez dans cette note?
Merci.

Ecrit par : Jean-Baptiste | 26.04.2007

Cette citation n'est pas tirée d'un livre de Jacques Heers, mais d'une interview qu'il a donné à la Nouvelle Revue d'Histoire (n°29, mars-avril 2007)

Ecrit par : kersten | 26.04.2007

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