25.02.2007
La gauche et l'antifascistitude
Les socialistes ont le chic pour se présenter comme des parangons de vertu. Ils ont le monopole des bons sentiments et ont toujours été dans le (bon) sens de l’histoire. Anticolonialiste, antifasciste, résistante, combattant pour le peuple, la gauche est ontologiquement bonne (Ouais je suis de gauche!). Quant à la droite, elle est évidemment dans tous les mauvais coups (vichyste, fasciste voire nazi). L’histoire est malheureusement un déni total des ses affirmations! Sans entrer dans des définitions précises de politologie des courants idéologiques français, quelques rappels s’imposent.
Le colonialisme est, nous dit on, l’œuvre de la droite. Manque de pot, c’est tout le contraire. La droite s’est toujours opposée à la politique d’expansion française considérant que c’était un gâchis d’énergie, qu’il fallait concentrer ses efforts pour la reconquête de l’Alsace-Lorraine. Tandis que le père de l’école républicaine, Jules Ferry, cité comme référence par la gauche actuelle, vante les mérites de l’œuvre civilisatrice de la France dans les colonies. Pour la gauche, la France a la mission d’apporter l’universalisme, les Lumières aux peuples sous développés.
Il est également important de se rappeler que ce n’est pas la droite qui a envoyé le contingent en Algérie, mais le gouvernement SFIO de Guy Mollet. Il est amusant à ce propos d’évoquer Arnaud Montebourg, honnête comme à son habitude, qui prétend aujourd’hui que Mitterrand a toujours été opposé à cette guerre. Hors celui-ci était à l’époque ministre de la justice. Il n’a pas démissionné.
Par contre c’est bien la droite, par l’intermédiaire du Général de Gaulle, qui a réalisé le processus de décolonisation. Pour le plus grand malheur des Pieds Noirs…
Autre contre vérité la gauche est antifasciste et antipétainiste. Premièrement, c’est un parlement majoritairement de gauche qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain. Deuxièmement, c’est bien le gouvernement Blum qui a refusé de venir en aide aux républicains espagnols contre « l’odieux » Franco. Troisièmement, c’est sous la gauche (gouvernements Blum et Daladier), que la France a refusé de mettre fin aux velléités expansionnistes d’Hitler, par soumission à l’idéologie pacifique « Mieux vaut le fascisme, que la guerre ». Alors qu’elle était encore largement supérieure militairement à l’Allemagne, La France a cédé au bluff d’Hitler.
D’où vient donc cette fiction de l’antifascisme. Du parti communiste, celui-ci pour discréditer toute opposition n’a rien trouver de mieux que ce qualificatif. Procédé habile, repris depuis lors par la gauche en général pour disqualifier toute position plus droitière que la sienne. Vous êtes nationaliste : fasciste! Vous êtes pour l’armée : fasciste! Vous avez les cheveux courts : fasciste! Vous êtes contre l’adoption homo parentale : fasciste! Vous êtes de droite : fasciste! Quand on a pas d’idées, reste l’injure. Et les jeunes décérébrés de gauche (toutes tendances confondues) sont passés maître dans cet art.
Alors surtout quand on est de gauche, on aime le peuple. Marrant, c’est De Gaulle en 45 qui a instauré l’Etat Providence. Et c’est la gauche qui en 1983 a engagé la politique économique d’austérité.
Né dans une famille communiste on m’a élevé dans la méfiance du socialiste. Avec l’âge, j’ai pu comprendre pourquoi. Il n’y a pas plus menteur et hypocrite qu’un socialiste. Selon, la phrase bien connu, le socialiste dans l’opposition est toujours plus gauchiste que le plus radical des trotskystes, et quand il arrive au pouvoir il apparaît tel qu’il n’a jamais cessé d’être : un bourgeois! Qu’on arrête de nous faire passer des vessies pour des lanternes!
Kersten
21:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Gauche, Droite, Hypocrisie, Ségolène Royal
22.02.2007
Le Sarko Show
Nicolas Sarkozy a prononcé hier soir à Strasbourg un discours sur sa vision de l'Europe et sur les solutions qu'il envisage pour sortir de la crise provoquée par le non aux référendums français et hollandais.
Tout d'abord première surprise : « L'Europe, a-t-il expliqué, est aujourd'hui la seule force capable de contrebalancer toute tentation hégémonique dans le monde. » Les Etats Unis sont la seule puissance actuellement qui a la possibilité et la tentation de l'hégémonie. Donc, si l'on suit sa logique, Nicolas Sarkozy, propose tout bonnement et simplement de doter l'Europe des instruments de la puissance et de s'opposer à la volonté américaine. En invoquant les ancêtres gaullistes « Malraux disait : L'Europe sera volonté ou mort. », il affirme donc la nécessité pour le continent d'être indépendant et maître de son destin. L'indépendance, c'est être capable d'affirmer sa volonté et de la traduire en actes (diplomatiques ou militaires). Hors on se rappelle tous des propos tenus par le ministre de l'Intérieur, quelques mois auparavant, lors de sa visite au président Bush, sur « l'arrogance » de la France quant à la gestion du problème irakien. La position de l'Europe à l'époque, par l'intermédiaire de la France ne relevait elle pas d'une volonté de « contrebalancer toute tentation hégémonique dans le monde »? De plus, on peut douter de l'indépendance d'une Europe dont, comme le souhaite Sarkozy, une grande partie de la défense dépendrait de l'OTAN, et donc des Etats Unis.
Ensuite, le candidat à la présidence fustige la proposition faite par l'ensemble de ses concurrents de rappeler les français à voter sur une version modifiée du traité européen : « Je veux dire à tous les candidats à la présidentielle que ce serait un très mauvais service à rendre à la France et à l'idéal européen de faire de la démagogie sur la question européenne. Je n'accepte pas que l'on instrumentalise cette question. Les Français ont dit non, vous ne pourrez plus revenir là-dessus. ». Lui propose de faire passer le nouveau texte par la voie parlementaire, soit en douce. Là on frise l'incohérence! Soit on dit clairement que les Français sont des ignards manipulables, que la démocratie ne va pas dans le sens de l'intérêt général, que seules les élites peuvent déterminer celui ci, et alors çela justifie une telle procédure. Soit on fait confiance aux français et à la démocratie et on les laisse s'exprimer librement sur l'orientation qu'ils veulent donner à l'Europe (états nations, fédéralisme...), et alors le référendum est la seule solution. Bref il faut choisir entre une Europe qui aura peut être plus de chance de fonctionner mais qui se fera sans les masses et une autre qui ira peut être cahin caha mais qui sera le fruit de la volonté des masses. Mais on ne peut pas tenter de ménager la chèvre et le choux, comme le fait Sarkozy, c'est à dire tenter de justifier un vote parlementaire (une sorte de vote technocratique) et se présenter en même temps comme le défenseur de la volonté populaire, exprimée lors du référendum.
Il pousse l'incohérence à son paroxysme en jetant à l'Union Européenne elle même la responsabilité de la crise, en l'accusant de tenir « le peuple à l'écart ». Etrange logique que celle de prétendre rapprocher le peuple de l'institution européenne en faisant passer par une voie indirecte, un texte rejeté directement par celui-ci.! Les démocrates ont ils si peu d'arguments face aux démagogues pour convaincre les foules? Une telle méthode renforcerait la suspicion des masses à l'égard de leurs représentants politiques et donc au final ferait le jeu des démagogues.
Sans entrer dans le détail, on ne peut que s'amuser des prétentions du candidat le plus libéral à lutter contre le marché. Mais ses envolées quasi marxistes sont sympathiques! L'Europe est « la seule capable de s'opposer à la toute- puissance du marché. » Ou encore « Je ne veux pas d'une Europe sans usines et sans paysans. » On ne peut que louer de telles intentions.Cependant l'ancien trotskyste qui sommeille en moi ne peut pas être dupe. Comment le candidat le plus proche du grand capitalisme français pourrait il remettre en place un système protectionniste qui restreindrait la liberté de commercer de ses amis.
Le gros problème de la démocratie, c'est que pour être élu il faut s'adresser et gagner des populations dont les intérêts sont parfois divergents, quitte à paraître incohérent. Et on ne peut pas dire que ça s'arrange avec la démocratie d'opinion. L'intérêt général devient de plus en plus la somme des intérêts particuliers. Sarkozy, écartelé entre sa vision du monde, atlantiste et libérale, et sa volonté de séduire les masses, commence sérieusement à dire n'importe quoi. On connait tous son caractère anxieux, et la tendance sondagière actuelle risque d'augmenter sa nervosité. La tentation va devenir de plus en plus grande de ratisser large et de dire tout et son contraire.
La démarche de Sarkozy et de Royal infantilise les Français. Elle ne les met pas en face de leur responsabilité. Ils refusent par crainte de ne pas être élus de dire ouvertement la vérité.
Et si finalement les Français en avaient marre d'être pris pour des enfants. Ne désirent ils pas qu'on leur propose une volonté politique forte, avec des options bien définies, qui engagent le sacrifice des intérêts particuliers au profit de l'intérêt de la collectivité, du peuple.
A mon sens seuls deux candidats proposent cette démarche adulte : Bayrou et Le Pen. L'un propose une option ouvertement fédéraliste, qui serait la seule capable de garantir l'avenir de la France et de l'Europe, l'autre, une option ouvertement nationaliste, où la France, puissance autonome, pourrait imposer ses vues au continent dans le cadre d'un système d'alliance.
Les Français devront se prononcer définitivement, de manière lucide sur l'avenir de notre pays. Il faut une adhésion claire du peuple. Le binôme médiatique propose de cajoler les individus, de ne pas révéler ses intentions, fait des promesses à tout va en sachant qu'il ne pourra pas les tenir. En cela, ce sont eux les démagogues. Cela ne veut pas dire qu'il ne mènera pas une politique cohérente par la suite, mais elle ne se fera pas avec l'appui du peuple, celui ci ayant l'impression d'avoir été trahi.
Kersten.
16:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Elections, Démocratie, Sarkozy, Europe
21.02.2007
A qui profite le détail?
Le Pen évoque dans entretien un avec la Croix l'attentat du 11 septembre en le qualifiant « d'incident ». Il précise que les victimes -3000- sont aussi nombreuses que celles provoquées par un mois d'attentats en Irak. Il ajoute que les bombardements sur l'Europe ont eu des conséquences, en termes de pertes humaines, plus importantes.
On peut effectivement être un peu dérangé par cette comparaison mathématique pour le moins morbide, mais dans le fond il n'y a rien de choquant. Le Pen n'accuse pas les Etats Unis d'avoir organisé les attentats, il ne nie pas non la souffrance des américains. Il relativise l'événement. Aron définissait le terrorisme comme un processus dont les conséquences psychologiques sont largement supérieurs aux conséquences physiques.Finalement Le Pen en tire les conclusions logiques. Un homme d'état se doit d'etre réaliste et de garder son sang froid. Céder à la panique c'est d'une réagir comme l'entendent les terroristes, et de deux, c'est prendre des décisions irréfléchies et pour le moins douteuses. Réagir à un attentat par un bombardement de masse qui occasionne des victimes civiles, peut provoquer une rancoeur dans les populations, qui a priori ne sont pas favorables aux terroristes, et les précipiter dans leurs bras. Il faut privilégier des solutions plus subtiles et éviter d'entrer dans le jeu action/répression qui au final finit souvent par la réalisation des objectifs terroristes (comme en Algérie par exemple) : renseignement, démantélement des réseaux, coopération internationale.
Le Pen, qui dit souvent beaucoup de conneries, a raison d'évoquer les bombardements alliés. Principalement, ceux ci avaient pour objectif de faire plier la volonté des populations et de les désolidariser de leurs dirigeants. En plus d'avoir des conséquences désastreuses (par exemple Le Havre, ma ville de naissance, a été rasée; on dénombrait 3200 morts), cette stratégie s'est révélée inefficace, en augmentant la résistance et la solidarité des civils. Les Européens seraient donc bien avisés, face à une menace terroriste dont les conséquences sont bien moindre, de s'inspirer de leurs aïeux, de garder leur sang froid et de se tenir les coudes.
Alors au final, ce qui est plus choquant ce ne sont pas les propos de Le Pen, mais le traitement médiatique qui semble mettre sur un même pied d'égalité les attentats du 11 septembre et le génocide des juifs. Dans le texte ça donne : «Après ses propos de 1987 sur les chambres à gaz, "point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale", Jean-Marie Le Pen récidive. Le candidat du FN estime que l'événement "pour ne pas dire l'incident" des attentats du 11 septembre 2001 à New-York a fait moins de morts qu'en un mois en Irak ou lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. » Alors, soit cette réaction est sincère et révélatrice de l'état de déliquescence intellectuelle de nos élites., soit cela fait partie d'une tentative de manipulation électorale. La deuxième option a une part de crédibilité, deux jours aprés l'annonce de sondages défavorables à nos deux ténors politiques. La tentation serait grande de jouer la carte Le Pen, qui n'a aucune chance d'être élu au second tour, en lui redonnant un peu de piquant pour entraver la montée du candidat Bayrou.
Kersten
11:10 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Le Pen, 11 septembre, Elections, Shoah
20.02.2007
Vous n'aimez pas l'agriculture biologique? Moi non plus!
La dernière tendance de consommation ,chez les classes moyennes éclairées, est au commerce équitable et à l'agriculture biologique. Ces types de consommation et de production sont soi disant le remède aux maux du monde (protection écologique, disparition de la misère, santé publique...). Cette évidence est assénée à coups de marteau par les tenants de l'écologisme de gauche, Bové, Voynet et consorts. La réalité n'est pas aussi simple.
Je vais me centrer sur l'agriculture biologique que je connais assez bien pour l'avoir pratiquée dans mon milieu professionnel : la viticulture. Je tiens à préciser que j'y étais a priori favorable; l'expérience m'a fait revenir à la raison.
Quel est le propos? Grosso modo, nous payons la faute originelle. Prométhée a condamné l'humanité à sa déchéance. Le développement technique et industriel a atteint un tel stade et la population humaine est telle que la planète ne peut plus suivre. Nous surexploitons les ressources naturelles, nous polluons, nous provoquons la disparition de nombreuses espèces.
La solution : « l'agriculture paysanne ». Soit une agriculture vaguement inspirée du siècle précédent : limitation de la mécanisation, réduction des intrants (pesticides, engrais), baisse des rendements.
Il ne s'agit pas de revenir fondamentalement sur le constat écologique. Cependant il faut recadrer un peu les choses. Nous ne mettons pas en danger la planète et encore moins la vie en générale, mais nous diminuons considérablement la capacité de l'humanité à vivre. La Terre a connu de nombreuses catastrophes qui ont supprimé des formes de vie mais pas la vie, en tant que tel. L'enjeu n'est donc pas la préservation de la nature pour la nature mais bien la survie de l'espèce humaine. Les solutions doivent être trouvées par l'Homme et pour l'Homme. Pas pour une nature divinisée.
Les écologistes proposent d'arrêter l'Histoire, de revenir à un état de nature, à l'état originel. C'est tout d'abord discutable philosophiquement. Le propre de l'Homme n'est il pas constamment de se dépasser. Comme son nom l'indique l'agriculture est une culture, c'est une transformation de la nature par l'Homme et pour l'Homme. C'est surtout céder à une illusion et se voiler la face sur la réalité du monde. Comment une agriculture dont la propriété principale est la baisse de la productivité pourrait elle assurer la subsistance de plusieurs milliards d'habitants, alors que l'agriculture actuelle n'y arrive déjà pas.
La cohérence leur imposerait de promouvoir également une politique malthusienne. Pour qu'un tel système soit valable il faudrait considérablement réduire la consommation internationale ou pire provoquer une diminution nette de la population mondiale!
De plus l'agriculture biologique pollue. Elle utilise du souffre et du cuivre qui, même s'ils sont moins néfastes que nombre de pesticides, restent nocifs. Et surtout le nombre de traitements appliqués aux plantes est beaucoup plus importants. Ce qui implique des passages en tracteur plus fréquents et donc une plus grande consommation de carburants.
Enfin le coût de ce type de pratique est très élevé. Elles sont réservées à des producteurs plutôt aisés et qui sont capables de valoriser leurs produits. Un agriculteur indien ne peut pas se permettre ce luxe. Et il en va de même, plus prés de nous, pour un vigneron catalan. La résolution des problèmes environnementaux se jouera à une échelle large.
L'agriculture biologique reste donc marginale et n'est destinée qu'à un marché de niche (une population plutôt aisée, intellectuelle et qui cherche à se donner bonne conscience). La certification biologique est un excellent argument commercial, notamment dans le monde du vin et plus généralement sur des secteurs de luxe. Mais ça ne peut pas être une solution aux problèmes environnementaux.
Il ne s'agit pas non plus de faire le jeu de la spécialisation libérale. L'agriculture est indispensable à l'autonomie d'un peuple. Elle permet son enracinement sur un territoire. Si cette autonomie disparait, alors il est condamné à migrer. La spécialisation de territoires entiers dans la production de soja, de maïs ou de coton, réduit l'indépendance alimentaire et favorise le mouvement des populations rurales. En Afrique, par exemple la spécialisation dans le coton provoque la disparition des autres cultures nécessaires à l'alimentation indigène. Ce qui occasionne le départ d'une grande partie de la population rurale vers les villes. Celle ci surpeuplées sont des foyers de pauvreté et de violence. A terme ceux qui le peuvent essayent de quitter leur pays.
Il est important de permettre cette indépendance aussi bien en Europe que dans les pays du Tiers Monde. On se doit de rompre avec la politique de surproduction européenne et cesser d'inonder avec nos surplus les pays pauvres ce qui a pour effet de concurrencer également les productions locales. L'agriculture est un des éléments dans la résolution du problème de l'immigration.
Il n'est pas non plus question de laisser faire les firmes de l'agro-alimentaire et de la chimie. Leur démarche est purement orientée vers la recherche du profit immédiat et n'est pas animée par l'intérêt général, soit la préservation de nos ressources et une production de qualité. Sans aller jusqu'à un contrôle soviétique, il faut encadrer leurs pratiques.
Un exemple : les désherbants. Ils ne sont pas dangereux en soi et sont utiles. Tout dépend de l'usage que l'on en fait. Par exemple dans les Pyrénnées Orientales, la vigne souffre de la sécheresse. L'herbe exerce une concurrence et peut menacer la survie du cep . Le labour au tracteur est quasiment impossible. On a le choix entre piocher à la main et désherber chimiquement. La deuxième solution est plus pratique. La dose prescrite par la firme est généralement surévaluée pour des raisons évidentes : plus on applique le produit, plus la consommation est grande et plus la firme se met d'argent dans les poches. Il suffit de réduire drastiquement la dose et d'appliquer le produit au bon moment pour obtenir un résultat satisfaisant. Le coût de production étant moindre, la généralisation de ce processus à l'ensemble des vignerons est facilitée.
La viticulture est également le plus grand consommateur de pesticides. Les vignerons appliquent la plupart du temps bêtement des programmes de traitement préétablis par les firmes. Avec pour conséquence directe, outre la pollution, une perte d'efficacité des produits à moyen terme. La plante développe, comme l'Homme avec les antibiotiques, une résistance. Il suffit de réduire, de diversifier et d'appliquer en temps opportun les traitements pour avoir des bons résultats. Mais cela demande une certaine intelligence et une certaine sensibilité de l'agriculteur. Hors de plus en plus, on le déresponsabilise. Il n'est plus qu'un simple exécutant.
Enfin se pose la vaste question des OGM. J'y suis a priori hostile surtout pour des raisons politiques. Le développement des semences génétiquement modifiées augmente à terme la dépendance des agriculteurs vis à vis des firmes. L'exemple Monsanto est frappant. La firme américaine a développé un maïs transgénique résistant à l'herbicide qu'elle commercialise : le Round up. Cela permet une application simple évitant de détruire la plante cultivée tout en éliminant les mauvaises herbes. La dépendance du paysan devient totale de la production de la semence (il est obligé d'acheter des semences OGM) à la récolte. Par contre je suis favorable à la recherche dans un cadre transparent, avec un réel contrôle politique.
Nous devons donc développer une agriculture pérenne, bénéficiant des dernières nouveautés technologiques mais cependant inscrite dans une certaine tradition.Bref, il faut revenir au bon sens paysan.
Kersten
09:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Agriculture
18.02.2007
Le vent et les arbres
Le libéralisme prouve chaque jour son indéniable supériorité économique. Toutes les parties de la Terre sont soumises au règne de l'économie de marché. Les capitaux et les marchandises circulent librement. Les secteurs économiques ne sont plus centrés dans un seul pays mais se répartissent selon le principe ricardien de la spécialisation selon l'avantage comparatif (exemple : le coût du travail est moins cher en Chine, donc les industries s'y installent, les cerveaux et les richesses sont en Occident , ce sera donc le centre de l'économie de service). Bref le libéralisme souffle comme le vent.
Selon les principes libéraux, le marché ne doit pas être entravé, la liberté individuelle (entendez celle du consommateur, épanoui matériellement) doit primer. Tout obstacle doit être abattu. En particulier les Etats, émanation des peuples.
Avec la chute du communisme, les libéraux pensaient avoir libre jeu. C'était la fin de l'histoire. Les gens auraient la liberté de tous se ressembler, de penser la même chose, de manger la même chose... Plus rien ne s'opposait à l'application de leur théorie. Le marxisme aprés tout souscrivait à une partie des thèses libérales. Le capitalisme était une phase nécessaire avant la rénovation de la communauté égalitaire originelle.Le libéralisme était d'une certaine façon plus réaliste en préservant une part d'inégalité, en laissant un peu de dynamique dans son système.
La critique marxiste n'était donc pas radicale, elle ne remettait pas en cause les objectifs du libéralisme : la suppression des Etats, et donc des peuples et de leurs élites.
Hors le peuple,qu'il soit de destin ou de race, est un organisme qui aspire à la vie. Se perpétue en lui une tradition multiséculaire, ses racines qui le rattache à un sol. Un peu comme un arbre.
Alors on le sait bien, un arbre peut toujours être déraciné par le vent, mais il restera toujours des forêts.
Kersten
17:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Libéralisme, Peuple, Forêts
17.02.2007
Et l'Europe dans tout ça?
En corollaire du précédent texte, voici quelques remarques sur la politique de défense de l'Europe.
Avant tout, qu'on le veuille ou non, la défense est indispensable à l'indépendance de toute entité politique. Une entité politique est une volonté, qui doit être prête pour s'imposer en dernier recours à utiliser la force. Ce qui ne signifie pas un usage systématique de la force, la résolution pacifique des divergences de volonté devant prévaloir. Les propos récents de Ségolène Royal, sur le fait de privilégier l'éducation par rapport à la défense sont symptomatiques de la stupidité d'une certaine gauche. Une certaine gauche qui prétend lutter contre la mondialisation mais qui par rejet de la puissance ne s'oppose en rien à ce processus, voire même qui le facilite.
Où en est l'entité politique européenne? Peut elle se prévaloir d'une défense autonome et donc d'une volonté propre? Pas vraiment.
Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les états européens ont confiés à l'OTAN la capacité de les défendre. Les défenseurs de ce système parlent d'alliance. Pour moi, ceci présuppose un minimum d'égalité entre les différents contractants, et un minimum d'indépendance. Hors il n'en est rien. La capacité des pays européens à mener certaines opérations de grande envergure est totalement dépendante du cadre OTAN. L'Europe (les états européens en général, sans tenir compte de l'organisation commune qu'ils se donnent) est incapable de projeter un grand corps d'armée et ne possède pas d'état major capable de le diriger. Alors que les Etats Unis sont tout à fait capables de mener seuls ce type d'opération.
Imaginons un avenir très probable, où des grands états comme la Chine et la Russie dépasseraient le stade de la concurrence économique et décideraient d'imposer leur vue par la force. Que ferait l'Europe? Et surtout comment envisager une politique internationale propre à l'Europe et indépendante des Etats Unis?
L'indépendance de l'Europe passe donc par une politique de défense en dehors du cadre de l'OTAN. Cela présuppose également que l'on souhaite un monde multipolaire, avec une Europe forte et pas le gloubi goulba mondialisant.
Reste à déterminer la forme de cette politique. On retrouve ici évidemment le même débat que sur les institutions européennes. Les deux points extrêmes sont d'un côté l'Europe Etat et de l'autre l'Etat Nation. La première option peut sembler séduisante. Elle permettrait d'opposer une certaine puissance aux autres entités politiques, notamment du point de vue militaire. Mais dans la pratique cela semble très difficile, en tout cas si l'on souhaite respecter la diversité de peuples. Comment définir une politique et une stratégie commune? Quel est l'intérêt commun? La Pologne et la Grande Bretagne n'ont pas la même vision du monde que la France. L'autre option n'est pas non plus pertinente. Comment la France, seule, avec ses moyens limités, pourrait elle imposer ses vues aux Etats Unis, à la Chine, à la Russie voire à l'Inde.
La solution est donc intermédiaire. Elle se doit de respecter les peuples européens, fruits d'une évolution de plusieurs siècles. Mais elle se doit également d'éviter un isolement de ces peuples, ce qui dans tous les cas signifierait leur perte.
Le dilemme est grand.
Une chose est sûre. L'alignement de l'Europe sur la politique de Washington, restreindrait considérablement son autonomie. Les propos de Nicolas Sarkozy, qualifiant le terrorisme de priorité pour l'Europe sont dangereux. Une politique de défense orientée vers ce seul objectif négligerait la possibilité d'un conflit inter-étatique, et dans ce cas rendrait l'Europe totalement dépendante de la protection américaine.
Kersten
10:50 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Europe, Défense
15.02.2007
De la guerre
Selon Clausewitz « La guerre est un acte de violence et il n'y a pas de limite à la manifestation de cette violence. Chacun des adversaires fait la loi de l'autre, d'où résulte une action réciproque qui, en tant que concept, doit aller aux extrêmes ». Ceci, fort heureusement, ne caractérise pas les guerres en général, mais dans l'absolu. En effet, les guerres réelles sont modérées par la politique en fonction des objectifs et des moyens que celle ci se fixe. La guerre est subordonnée au politique : « La guerre est simplement la poursuite de la politique par d'autres moyens ». Les états n'ont pas toujours intérêt, ni les moyens d'anéantir leur adversaire. Pour Raymond Aron « La primauté de la politique, en effet, permet de freiner l'ascension aux extrêmes, d'éviter que l'animosité n'explose en passion pure et en brutalité sans restrictions. [...] La conduite raisonnable de la politique est seule rationnelle si l'on donne pour fin au commerce des Etats la survie des uns et des autres, la prospérité commune et l'économie du sang des peuples. »
Hors, on l'a bien vu, le 19è et le 20è siècles ont été marqués par les guerres totales. Clausewitz est le témoin de l'arrivée d'un nouvel élément dans la conduite des guerres : les masses. En août 1793, la République française décrète la levée en masse « L'Autriche et la Prusse s'attendaient à combattre une armée française sérieusement affaiblie; mais en 1793, ,une force apparut qui dépassait toutes les imaginations. Soudainement la guerre devint l'affaire du peuple, un peuple de trente millions qui se considéraient tous comme des citoyens [...] Le peuple devint une des parties prenantes de la guerre; au lieu de gouvernements et d'armée, c'était le poids entier d'une nation qui était jeté dans la balance. Les ressources et les efforts maintenant disponibles dépassaient toutes les limites conventionnelles; rien désormais n'entravait la vigueur avec laquelle la guerre pouvait être conduite, et par conséquent, les ennemis de la France eurent à faire face au plus grand péril ». A partir de là, la boite de Pandore est ouverte, rien ne pourra contrarier la montée aux extrêmes, qui aboutira au suicide de l'Europe.
Carl Schmitt a analysé ce processus. Suite aux guerres de religion, la signature du traité de Wesphalie instaure en 1648 un nouvel ordre en Europe : le jus publicum europeaum. Cet ordre repose sur la reconnaissance mutuelle de la souveraineté des Etats et encadre les pratiques guerrières. Il permet d'empêcher cette montée aux extrêmes. David Cumin décrit ce que Schmitt considérait comme un bienfait pour l'Europe : « Telle fut la distinction cruciale, tel fut le véritable progrès moral : ne pas voir en l'ennemi un criminel, donc admettre l'antagonisme des intérêts ou des valeurs sans le métamorphoser en antagonisme du " bien " face au " mal ". A partir de ce relativisme, dont notre juriste catholique se félicite, la guerre put être réglée et limitée. Enfin, le jus publicum europaeum conciliait les deux fonctions de tout droit international, à savoir : la garantie de l'intégrité territoriale et de l'indépendance politique des Etats, et l'aménagement des modifications territoriales et politiques rendues inévitables par l'évolution des rapports de force entre Etats. C'est le principe fondamental de l'équilibre, qui fut le critère de légitimité aussi bien de la garantie que de la révision du statu quo. Cette révision s'opérait à travers la pratique de la conquête, de la succession d'Etats, de l'occupation militaire. Elle devait être consacrée par une reconnaissance - autre concept fondamental - en droit international ».
Schmitt estime que l'avènement des idées libérales met un terme à ce consensus aristocratique. Les libéraux provoquent la chute des anciens régimes et substituent au politique, que Schmitt définit comme la capacité à déterminer l'ami et l'ennemi, le régne de l'économique; en retirant de leurs discours toute référence au politique, avec pour conséquence perverse de criminaliser leurs ennemis : « Il nommera violence extra-économique toute tentative d'un peuple ou de quelque autre groupe humain cherchant à se soustraire aux effets de ces méthodes pacifiques. Il emploiera aussi des moyens de coercition plus durs, mais toujours économiques et donc (selon notre terminologie) non politiques et essentiellement pacifiques, [...] Enfin, il dispose aussi de moyens techniques propres à tuer de mort violente, d'armes modernes d'une grande perfection technique, et s'il a fait appel aux ressources du capital et de l'intelligence pour conférer à celles-ci une capacité inouïe, c'est bien dans l'intention de s'en servir effectivement si nécessaire. Au demeurant, l'usage de moyens de cette espèce donne lieu à l'élaboration d'un vocabulaire nouveau, d'essence pacifique, où la guerre ne paraît plus et où il n'est question que d'éxecutions, de sanctions, d'expéditions punitives, de pacifications, de sauvegarde des traités, de police internationale et de mesures destinées à garantir la paix. L'adversaire ne porte plus le nom d'ennemi, mais en revanche, il sera mis hors la loi et hors l'humanité pour avoir rompu et perturbé la paix, et une guerre menée aux fins de conserver ou d'étendre des positions de force économique aura à faire appel à une propagande qui la transformera en croisade ou en dernière guerre de l'humanité. La polarité éthique-économie exige qu'il en soit ainsi. Cette polarité révèle d'ailleurs une cohérence systématique et une logique interne étonnante, mais il n'est pas jusqu'à ce système prétendu apolitique et même antipolitique en apparence qui ne serve les configurations d'hostilités existantes ou qui ne provoque de nouveaux regroupements en amis et ennemis, car lui non plus ne saurait échapper à la logique du politique. »
La première guerre mondiale voit la défaite de l'Allemagne. Les vainqueurs ,au lieu de tirer un trait sur les quatre années de conflit, accablent le perdant : responsabilité unique de l'Allemagne dans le déclenchement de la guerre, ablation de nombreux territoires, impositions de réparations financières extrêmement lourdes... Les Allemands, en plus de la défaite, sont humiliés et perçoivent ces mesures comme un diktat. La rancoeur monte et facilite l'arrivée au pouvoir d'Hitler.
La seconde guerre mondiale prend également un caractère absolu. Raymond Aron y voit là un particularisme de la politique américaine; à la suite de Tocqueville qui « avait déjà noté ce penchant à une double frénésie – peu de soldats en temps normal, peu de subtilité diplomatique quand la poudre parle- et il y'avait vu l'expression de l'esprit démocratique. », Aron dénonce le peu de pertinence de cette option stratégique « Exiger la capitulation inconditionnelle incitait le peuple allemand à une résistance désespérée. Les dirigeants américains voulaient éviter, disaient-ils, la répétition de ce qui s'était passé en 1918-1919, les protestations allemandes contre la violation des promesses contenues dans les « 14 points » du président Wilson. En fait ces protestations n'avaient été pour rien ou presque dans la faillite de la paix de Versailles. La victoire alliée de 1918 avait été stérile parce que la guerre elle-même avait déchainé des forces révolutionnaires [...] ».
La guerre contre le terrorisme reste également dans cette logique. Au terreau démocratisant traditionnel, s'ajoute le fanatisme idéologique des néoconservateurs. Suite aux attentats du 11 septembre, le président Bush a déclaré la guerre totale contre l'axe du mal. Il a promis à ses concitoyens la disparition définitive et totale du terrorisme -dont la définition est assez vague-, et renouant avec l'esprit des pionniers il a appelé de toutes ses forces à l'établissement de la démocratie libérale, notamment en terre d'Islam (projet du Moyen Orient).
A des actes qui étaient jusque là du ressort de la police on oppose maintenant une réaction militaire.
La première salve a été tirée sur l'Afghanistan, dominé par les talibans et refuge d'Al Qaïda. Les adversaires ont été très vite défaits par les troupes de l'OTAN. Ben Laden, n'a cependant pas pu être arrêté. Et pire, les talibans, dont l'effort est soutenu par la production d'opium qui a repris de plus belle, ont repris les hostilités dans le sud du pays. Le gouvernement d'Amid Karzaï, qui a succédé aux Talibans, devait mettre en place une démocratie de type occidental : il a rétabli il y a quelques mois la loi islamique.
La seconde salve a été tirée sur l'Irak. Ce pays dirigé par le dictateur baassiste laïque Saddam Hussein n'était pourtant pas un refuge avéré de terroristes. On peut donc voir cette invasion comme une étape dans la mise sous tutelle de la région, avec pour objectif de stabiliser les approvisionnements en pétrole et surtout de réduire l'expansion de la Russie et de la Chine.
La supériorité de l'armée US a été dévastatrice face à l'armée régulière irakienne. La chute de Saddam Hussein a été suivie par l'instauration d'un gouvernement plus ou moins favorable aux américains. Cependant, la boite de Pandore a été ouverte. Les différentes communautés irakiennes sont désormais en conflit ouvert et les troupes US ont le plus grand mal à rétablir l'ordre et à combattre les diverses milices.
On retrouve ici la figure du partisan. Cette figure prend naissance dans l'Europe post-révolutionnaire. Selon Schmitt « La guerre de guérilla espagnole fut déclenchée quand Napoléon eut vaincu l'armée régulière espagnole à l'automne de 1808. C'est là que réside la différence par rapport à la Prusse de 1806-1807 qui, dés la défaite de son armée régulière, conclut une paix humiliante. Le partisan espagnol rétablit le sérieux de la guerre, et ce fut contre Napoléon, c'est à dire dans le camp défensif des vieux Etats continentaux européens dont la vieille régularité, devenue convention et jeu, n'était plus en mesure de faire face à la nouvelle régularité napoléonienne et à son potentiel révolutionnaire. De ce fait l'ennemi redevint un ennemi réel, la guerre une guerre réelle. Le partisan, défenseur du sol national contre le conquérant étranger, devint le héros qui se battait réellement contre un ennemi réel. ». Le partisan est donc le dernier garant de l'intégrité et de l'honneur de son pays face à un vainqueur qui vise à l'extermination de son adversaire.
Les Etats Unis éprouvent les pires difficultés à s'imposer dans ce conflit asymétrique. Ils n'avaient certainement anticipé un tel scénario. On a trop tendance à croire, moi le premier, que les jeux sont faits : la résistance sera plus persévérante, elle est insaisissable, l'opinion publique américaine n'est plus favorable à cette guerre. Raymond Aron au moment du conflit algérien écrivait : « En Algérie aussi, la stratégie française connait la difficulté de remporter une victoire militaire qui devrait être totale pour être incontestée et que la nature même d'une armée de guérilla, dispersée dans les djebels et ravitaillée de l'extérieur, interdit. Mais à tous ces arguments classiques s'en oppose un autre : la guérilla peut encore moins l'emporter sur l'armée régulière. Si les gouvernements sont prêts à dépenser des centaines de milliards de francs par an aussi longtemps qu'il le faut, si l'armée trouve conforme à l'exercice normal du métier des armes la chasse aux partisans, si l'opinion métropolitaine s'accomode de ce conflit prolongé et consent aux sacrifices nécessaires, l'impossibilité de gagner apparait- ce qu'elle est en vérité- bilatérale, aussi évidente pour les rebelles que pour les forces de l'ordre, tant les pertes de ceux là sont plus élevées que celles de ces dernières » On sait que l'armée française a réussi à anéantir le FLN, mais la volonté politique a fait défaut : l'Algérie revenait trop chère à la métropole. Les américains semblent plus volontaires et n'apparaissent pas prêts à la discussion. Aron concluait « Que cette obstination change l'aboutissement n'est pas probable. Qu'elle change l'allure des évènements ne prête pas au doute ». Soit la montée aux extrêmes.
Kersten
22:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Guerre, Irak, Etats Unis, Clausewitz, Schmitt, Aron
14.02.2007
Saint Petersbourg
Au mois de juillet 1809, à la fin d'une journée des plus chaudes, je remontais la Néva dans une chaloupe, avec le conseiller privé de T***, membre du sénat de Saint-Pétersbourg, et le chevalier de B***, jeune Français que les orages de la révolution de son pays et une foule d'événements bizarres avaient poussé dans cette capitale. L'estime réciproque, la conformité de goûts, et quelques relations précieuses de services et d'hospitalité, avaient formé entre nous une liaison intime. L'un et l'autre m'accompagnaient ce jour-là jusqu'à la maison de campagne où je passais l'été. Quoique située dans l'enceinte de la ville, elle est cependant assez éloignée du centre pour qu'il soit permis de l'appeler campagne et même solitude; car il s'en faut de beaucoup que toute cette enceinte soit occupée par les bâtiments; et quoique les vides qui se trouvent dans la partie habitée se remplissent à vue d'oeil, il n'est pas possible de prévoir si les habitations doivent un jour s'avancer jusqu'aux limites tracées par le doigt hardi de Pierre Ier.
Il était à peu près neuf heures du soir; le soleil se couchait par un temps superbe; le faible vent qui nous poussait expira dans la barque que nous vîmes badiner. Bientôt le pavillon qui annonce du haut du palais impérial la présence du souverain, tombant immobile le long du mât qui le supporte, proclama le silence des airs. Nos matelots prirent la rame; nous leurs ordonnâmes de nous conduire lentement.
Rien n'est plus rare, mais rien n'est plus enchanteur qu'une belle nuit d'été à Saint-Pétersbourg, soit que la longueur de l'hiver et la rareté de ces nuits leur donnent, en les rendant plus désirables, un charme particulier; soit que réellement, comme je le crois, elles soient plus douces et plus calmes que dans les plus beaux climats.
Le soleil qui, dans les zones tempérées, se précipite à l'occident, et ne laisse après lui qu'un crépuscule fugitif, rase ici lentement une terre dont il semble se détacher à regret. Son disque environné de vapeurs rougeâtres roule comme un char enflammé sur les sombres forêts qui couronnent l'horizon, et ses rayons, réfléchis par le vitrage du palais, donnent au spectateur l'idée d'un vaste incendie.
Les grands fleuves ont ordinairement un lit profond et des bords escarpés qui leur donnent un aspect sauvage. La Néva coule à pleins bords au sein d'une cité magnifique: ses eaux limpides touchent le gazon des îles qu'elle embrasse, et dans toute l'étendue de la ville elle est contenue par deux quais de granit, alignés à perte de vue, espèce de magnificence répétée dans les trois grands canaux qui parcourent la capitale, et dont il n'est pas possible de trouver ailleurs le modèle ni l'imitation.
Mille chaloupes se croisent et sillonnent l'eau en tous sens: on voit de loin les vaisseaux étrangers qui plient leurs voiles et jettent l'ancre. Ils apportent sous le pôle les fruits des zones brûlantes et toutes les productions de l'univers. Les brillants oiseaux d'Amérique voguent sur la Néva avec des bosquets d'orangers: ils retrouvent en arrivant la noix du cocotier, l'ananas, le citron, et tous les fruits de leur terre natale. Bientot le Russe opulent s'empare des richesses qu'on lui présente, et jette l'or, sans compter, à l'avide marchand.
Nous rencontrions de temps en temps d'élégantes chaloupes dont on avait retiré les rames, et qui se laissaient aller doucement au paisible courant de ces belles eaux. Les rameurs chantaient un air national, tandis que leurs maîtres jouissaient en silence de la beauté du spectacle et du calme de la nuit.
Près de nous une longue barque emportait rapidement une noce de riches négociants. Un baldaquin cramoisi, garni de franges d'or, couvrait le jeune couple et les parents. Une musique russe, resserrée entre deux files de rameurs, envoyait au loin le son de ses bruyants cornets. Cette musique n'appartient qu'à la Russie, et c'est peut-être la seule chose particulière à un peuple qui ne soit pas ancienne. Une foule d'homme vivants ont connu l'inventeur, dont le nom réveille constamment dans sa patrie l'idée de l'antique hospitalité, du luxe élégant et des nobles plaisirs. Singulière mélodie! emblème éclatant fait pour occuper l'esprit bien plus que l'oreille. Qu'importe à l'oeuvre que les instruments sachent ce qu'ils font? vingt ou trente automates agissant ensemble produisent une pensée étrangère à chacun d'eux; le mécanisme aveugle est dans l'individu: le calcul ingénieux, l'imposante harmonie sont dans le tout.
La statue équestre de Pierre Ier s'élève sur le bord de la Néva, à l'une des extrémités de l'immense place d'Isaac. Son visage sévère regarde le fleuve et semble encore animer cette navigation, créée par le génie fondateur. Tout ce que l'oreille entend, tout ce que l'oeil contemple sur ce superbe théâtre n'existe que par une pensée de la tête puissante qui fit sortir d'un marais tant de monuments pompeux. Sur ces rives désolées, d'où la nature semblait avoir exilé la vie, Pierre assit sa capitale et se créa des sujets. Son bras terrible est encore étendu sur leur postérité qui se presse autour de l'auguste effigie: on regarde, et l'on ne sait si cette main de bronze protège ou menace.
À mesure que notre chaloupe s'éloignait, le chant des bateliers et le bruit confus de la ville s'éloignaient insensiblement. Le soleil était descendu sous l'horizon; des nuages brillants répandaient une clarté douce, un demi-jour doré qu'on ne saurait peindre, et que je n'ai vu jamais ailleurs. La lumière et les ténèbres semblaient se mêler et comme s'entendre pour former le voile transparent qui couvre alors ces campagnes.
Si le ciel, dans sa bonté, me réservait un de ces moments si rares dans la vie où le coeur est inondé de joie par quelque bonheur extraordinaire et inattendu; si une femme, des enfants, des frères séparés de moi depuis longtemps, et sans espoir de réunion, devaient tout à coup tomber dans mes bras, je voudrais, oui, je voudrais que ce fût dans une de ces belles nuits, sur les rives de la Néva, en présence de ces Russes hospitaliers.
Joseph de Maistre, Les soirées de Saint Petersbourg
19:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Saint Petersbourg, Joseph de Maistre
10.02.2007
Finky et les soixante huitards
Voici une interview donnée par Alain Finkielkraut au journal Libération le 7 février. Cet entretien prend place dans le contexte du supposé ralliement du philosophe à la candidature de Nicolas Sarkozy. Cette supposition, que l'on pourrait qualifier d'amalgame, est symptomatique de la bien pensance affligeante de nos "élites médiatiques" qui s'acharnent à stigmatiser comme réactionnaire, voire fasciste toute divergence idéologique à la doxa droit de l'hommiste. La kabbale engagée contre toute personne se déclarant proche de Sarkozy est terrifiante. Je concède moi même une certaine sympathie pour des points de son programme (une certaine idée de l'élitisme par opposition à l'égalitarisme, la réaffirmation des principes nationaux...). Pourtant pour de nombreuses raisons, ce ne sera pas mon candidat (collusion avec la haute bourgeoisie, atlantisme, vision trop matériel et consumériste de la société). On peut être en désaccord avec certaines des positions de Finkielkraut, mais on se doit de lui reconnaitre une grande liberté intellectuelle.
07:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finkielkraut, gauche, terrorisme intellectuel
09.02.2007
Le statut final du Kosovo
L'indépendance du Kosovo sera l'un des sujets les plus en vogue cette année, bien qu'on ne puisse trouver à cela aucune raison valable ni aujourd'hui, ni à moyen terme. Même les plus ardents partisans de l'indépendance du Kosovo ne peuvent nier certains faits évidents. Les rares secteurs transmis par l'ONU aux autorités locales, par exemple, l'enseignement et la santé publique, sont gérés de façon totalement inefficace. Plus de 2,5 milliards de dollars accordés à la province à partir de 1999 ont produit peu d'effets sur une économie faible et entièrement corrompue.
La garantie de la sécurité pour la minorité serbe et la protection des églises et monastères serbes datant du Moyen Age et inscrits par l'UNESCO au patrimoine mondial de l'humanité constituent un problème toujours en suspens. Ni les autorités du Kosovo, ni les forces de paix de l'OTAN n'ont pu le régler. Le crime organisé règne sur le pays, avec dans le rôle principal les trafiquants de drogue et le réseau de trafic d'êtres humains qui contrôlent déjà une partie considérable du "marché noir" européen. Le chômage massif et le maintien des clans traditionnels des Albanais du Kosovo constituent un milieu favorable pour cela.
Selon des informations secrètes des services de renseignement allemands qui ont filtré dans la presse, ce sont bien les structures mafieuses, ayant fusionné avec les anciens membres de l'Armée de libération du Kosovo et jouissant de la protection d'influents hommes politiques qui font la loi sous couvert des institutions créées. Les militaires de l'OTAN qui ont servi au Kosovo qualifient franchement, en privé, la situation réelle de la province "d'oligarchie de coupe-jarrets". Les leaders des Albanais du Kosovo ne se gênent pas pour faire chanter publiquement leurs protecteurs occidentaux en menaçant de reprendre les pogroms antiserbes (de même qu'en 2004), si l'indépendance ne leur est pas accordée immédiatement. Il serait contreproductif, sans parler du côté moral du problème, de récompenser leur résolution à la violence. Le Kosovo indépendant serait alors quelque chose entre une "république pirate" efficace et un "Etat impuissant".
Le moment du règlement du problème du Kosovo est très inopportun pour les Serbes. Cela compliquera encore plus la tentative de former à Belgrade un gouvernement pro-européen des forces démocratiques. Mais même un tel cabinet ne pourra accepter l'indépendance imposée au Kosovo. Ni le premier ministre serbe actuel Vojislav Kostunica, ni son Parti démocratique qui désirent incarner l'alliance du patriotisme et de la démocratie ne peuvent l'accepter. Les autres partis démocratiques voudraient échanger la "souveraineté formelle" sur le Kosovo contre l'admission à l'UE, mais ils ne bénéficient pas d'un soutien suffisant. La nouvelle Constitution du pays récemment adoptée par référendum est également un obstacle à cela, car elle considère le Kosovo comme partie intégrante de la Serbie. Le renoncement à cette souveraineté implique la révision de la Constitution et un nouveau référendum. Les démocrates ne peuvent le faire, s'ils veulent éviter un suicide politique, que dans les conditions d'une responsabilité solidaire, et en assurant à la population des avantages incontestables et considérables. Mais les Etats-Unis et l'OTAN brûlent de tout obtenir immédiatement de la Serbie en échange de vaines promesses, notamment sur la transformation du pays en une sorte "d'Allemagne de Weimar". Faut-il s'étonner du fait que le parti des nationalistes serbes soit pour la deuxième fois de suite favori des élections?
Que Washington et Bruxelles le veuillent ou non, il sera impossible d'éviter les conséquences politiques et juridiques internationales du précédent qu'on est en train de créer au Kosovo. Les premiers propos sur l'indépendance du Kosovo ont déjà suscité de vives répercussions dans les entités postsoviétiques "non reconnues": l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud, la Transnistrie et le Karabakh. D'ailleurs, cela peut également susciter un écho dans la "vieille Europe": du Pays Basque et de la Catalogne jusqu'à l'Ecosse et la Flandre. Quant à la plupart des Etats d'Afrique et d'Asie, mieux vaut ne pas les mentionner.
Le mot même "d'indépendance" a disparu du plan de règlement du problème du Kosovo proposé par Martti Ahtisaari, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU, après la menace du veto russe au Conseil de sécurité de l'ONU. Mais cela ne change rien, car le plan propose toujours de priver la Serbie de ses droits sur le Kosovo.
A long terme, le maintien d'une souveraineté "formelle" sur le Kosovo est effectivement préjudiciable à la Serbie pour des raisons démographiques, économiques et politiques. Compte tenu du taux de natalité "africain" parmi les Albanais du Kosovo, leur expansion démographique menace de changer considérablement la composition ethnique de l'Etat serbe. Le Kosovo qui était la partie la moins développée de la Yougoslavie socialiste bénéficiait alors de subventions importantes de la fédération. Leur rétablissement serait un fardeau insurmontable pour l'économie serbe.
Déjà source éternelle de problèmes politico-ethniques insolubles dans la Yougoslavie monarchique comme dans celle de Tito, le Kosovo le reste aujourd'hui pour Belgrade. Mais cette terre est le berceau de l'Etat serbe, le sanctuaire de son histoire nationale, de sa religion et de sa culture, et elle est mentionnée dans la poésie épique serbe. Le renoncement au Kosovo est perçu par les Serbes comme un attentat à leur identité nationale. Il n'est pas plus facile de les contraindre à s'y résigner que de persuader les Juifs ou les Palestiniens d'oublier Jérusalem. Si les lieux saints des Serbes étaient rattachés à la Serbie, même sous forme de petites enclaves, et si des compensations importantes étaient accordées aux réfugiés serbes, il serait bien plus facile pour Belgrade de reconnaître l'indépendance du Kosovo.
Le plan de condominium (selon l'exemple de Bruxelles) proposé par les experts belges ne semble pas réaliste. En effet, le schéma bruxellois fonctionne à l'intérieur d'un seul Etat, ce à quoi s'opposent les Albanais du Kosovo. D'ailleurs, il n'y a de partisans de cette idée ni en Serbie, ni en Albanie. Dans cette situation peu enviable, il vaut mieux prendre une décision transitoire, en reportant la définition du statut de la province au moment de l'entrée de la Serbie et du Kosovo dans l'UE, à quoi les deux entités aspirent. Dans ce cas, les deux parties se montreront plus conciliables et plus mûres.
Mais les protecteurs occidentaux des Albanais du Kosovo ont du pain sur la planche avant d'arriver à cela. Ainsi, ils doivent trouver la volonté de répondre dignement au chantage à la violence orchestré par leurs protégés déchaînés, ne pas laisser "la queue remuer le chien" et renoncer à l'approche unilatérale antiserbe.
Piotr Kandel, de l'Institut d'études slaves
20:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Kosovo, Serbie, UCK













