31.01.2007
Charité bien ordonnée commence par soi-même!
" Lors de la dernière tournée des enfoirés, au zénith de nantes, du 24 au 29 janvier 2007 , Yannick Noah s'est offusqué du comportement de certains enfoirés. Il n'admet pas que les vedettes de la tournée des "Restos du Coeur" soient logées dans des hôtels de milliardaires qui augmentent les coûts de la tournée, et donc diminue d'autant les bénéfices qui sont ensuite alloués aux plus démunis. Yannick Noah a déclaré : "Je viens chanter bénévolement pour les Restos du Coeur, je ne vais tout de même pas en profiter pour me faire héberger dans un palace de milliardaires. Ni une ni deux, Yannick Noah a donc pris une chambre à l'hôtel Mercure du coin, alors que la bande des enfoirés s'est installée à l'Hermitage de La Baule, situé à plus de 100 km du zénith."
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30.01.2007
En attendant l'orage
Le colonel Olivier Rafowitz partage cet avis : "Nous savons que là-bas (il tend le bras en direction du grillage qui marque la frontière israélo-libanaise), la région est infectée par l'idéologie iranienne, qu'il y a une iranisation au travers du Hezbollah, et donc une "délibanisation"." Il nuance cependant les propos du maire adjoint : le Hezbollah, explique-t-il, est "une "armée" terroriste, bien équipée, disciplinée et bien entraînée".
Pour Amitaï Douby, la question n'est pas de savoir si le Hezbollah va reprendre l'offensive, mais quand : "S'ils veulent continuer à exister comme organisation de la résistance islamique, ils doivent combattre." Avec le colonel Rafowitz, il reconnaît cependant que depuis la fin des hostilités, le 14 août 2006, il ne s'est plus rien passé. De la terrasse des maisons de Metulla, on observe la vie villageoise de Kfar Kila, en territoire libanais. Les Israéliens en conviennent : les combattants du Parti de Dieu semblent s'être évaporés.
L'armée libanaise s'est installée à Kfar Kila, comme dans tout le sud du Liban, reprenant les positions militaires de "la résistance", tout en acceptant que les couleurs nationales partagent le toit des maisons avec les drapeaux jaunes du Hezbollah. Les soldats de Tsahal sont à portée de voix, et de gestes : il arrive aux militaires des deux parties de s'échanger des signes de la main - pas toujours amicaux -, mais, enfin, les armes restent silencieuses. Les chars lourds Merkava qui, à l'image de l'armée tout entière, ont perdu leur réputation d'invincibilité, sont toujours là, discrets. Le centre de renseignement de Zarit, dont les caméras observent jour et nuit la frontière, a repris sa veille. Comme si la guerre de l'été 2006 n'avait été qu'une parenthèse...
De Metulla, une route suit la "technical fence". Bardée de capteurs, cette barrière métallique permet aux Israéliens de localiser instantanément les tentatives de franchissement de la "ligne bleue", cette frontière contestée entre l'Etat juif et le Liban. Il n'est pas rare de croiser des véhicules blindés ou les chars Leclerc peints en blanc de la Finul, qui patrouillent de l'autre côté du grillage.
Retour à Kirya, le quartier général de l'armée israélienne dans le centre de Tel-Aviv. Un général, proche des milieux du renseignement, accepte de nous parler à condition que son anonymat soit respecté. Il est prolixe pour décrire le réarmement du Hezbollah. "Nous estimons qu'ils ont recomposé l'essentiel de leur potentiel militaire. La frontière syrienne leur est ouverte, et les cargaisons d'armes et de munitions en provenance de Syrie et de l'Iran entrent librement."
L'officier explique que les transferts d'armes ont lieu de nuit, par des itinéraires où le Hezbollah sait ne pas rencontrer de patrouilles de la Finul ou de l'armée libanaise. Il parle de "tunnels", de "caches d'armes". D'autres sources israéliennes n'hésitent pas à fournir une liste quasi exhaustive des armes acheminées au Liban (roquettes, missiles, armes antichars et antinavires, drones, etc.), ainsi que les points de passage de la frontière syro-libanaise que franchiraient les camions chargés dans les ports syriens de Lattaquié et Tartous...
L'avalanche de détails laisse d'autant plus sceptique que la réputation d'excellence du renseignement israélien a été prise en défaut pendant la guerre. Notre interlocuteur est convaincu que, tôt ou tard, le Hezbollah trouvera un prétexte pour relancer la "guerre sainte", même si la présence de plus de 11 000 casques bleus et de près de 15 000 soldats libanais au sud du fleuve Litani entrave sa liberté de mouvement.
D'abord méfiants, les Israéliens ont vite mesuré l'intérêt de la présence onusienne : c'est désormais à la communauté internationale qu'incombe la question du Hezbollah. De plus, les casques bleus ayant de facto instauré une zone-tampon qui protège Israël, sa frontière nord paraît ainsi pérennisée.
Bien que nul n'écarte la possibilité d'un "deuxième round" avec le Hezbollah, la situation libanaise "n'est pas sur l'écran-radar de la population israélienne", explique Mark Heller, du Jaffee Center, un institut d'études stratégiques à Tel-Aviv. "L'intérêt des gens s'est vite reconcentré sur le problème palestinien, et, au-delà, sur la menace nucléaire iranienne."
La défaite stratégique de l'armée israélienne pourrait bien avoir été une "gifle salutaire", constate un expert militaire occidental. L'idée de réduire le service militaire de trois à deux ans pour les hommes, et de deux à un an pour les filles, est abandonnée.
Le réarmement du Hezbollah est l'antienne des militaires israéliens, mais les preuves étayant leurs affirmations font défaut, tout comme était bien vague le rapport transmis le 1er décembre 2006 par Kofi Annan au Conseil de sécurité de l'ONU, faisant état d'un "réarmement constant et massif du Hezbollah". Dans un cas comme dans l'autre, aucune photo, aucune image satellite n'a été fournie. Cette absence de preuves permet aux généraux libanais (qui, eux, savent ce qui se passe) de balayer d'un revers de main les accusations de laxisme, voire de complicité avec le Hezbollah, dont ils font l'objet.
Au ministère de la défense, dans la banlieue de Beyrouth, une haute source militaire est catégorique : "Le Hezbollah ne peut pas se procurer d'armements. Tout le territoire est contrôlé par l'armée, sur les plans terrestre et maritime. Nous avons 15 000 hommes au sud et 8 500 sur la frontière syrienne : rien ne peut entrer !"
Optimisme de commande ? La prudence des militaires libanais traduit leur extrême souci de ne pas apparaître comme prenant partie dans l'épreuve de force politique qui se poursuit à Beyrouth entre, d'une part, le Hezbollah et ses alliés, et, d'autre part, le gouvernement du premier ministre, Fouad Siniora, et ses soutiens. "L'armée libanaise veut rester à égale distance de tous les partis : c'est ainsi qu'elle peut demeurer l'armée de tout le peuple", assure cet officier.
Le jugement du général Ashraf Rifi, qui commande les 23 800 hommes des Forces de sécurité intérieure (FSI, les gendarmes), est moins catégorique. "8 500 hommes déployés sur les 370 kilomètres de la frontière libano-syrienne, ce n'est évidemment pas suffisant. Avant la "guerre de juillet", l'efficacité de nos contrôles frontaliers était limitée à 10 % ; aujourd'hui, c'est de l'ordre de 70 à 80 %." En clair : il reste des trous dans le filet et du grain à moudre pour les Israéliens selon qui la frontière syrienne est une passoire.
Au sud du fleuve Litani, seuls les portraits d'Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, les photos géantes des "martyrs" sur les murs et les drapeaux jaunes sur les toits permettent de mesurer l'influence de la résistance islamique, sans pour autant étayer la thèse d'une "iranisation" de la région. Mais les apparences peuvent être trompeuses. Lockman Slim, intellectuel chiite peu suspect de complaisance envers le Parti de Dieu, rappelle une réalité : "Avant le 12 juillet 2006, il n'y avait pas plus d'activité militaire visible du Hezbollah qu'aujourd'hui. Cela signifie que le paysage politique et militaire n'a pas fondamentalement changé ; il est donc absurde de dire que le Hezb adopte un profil bas !"
A partir de Saïda, la route du Sud est sous étroite surveillance de l'armée. Plus on approche de Naqoura, où est situé le quartier général de la Finul, plus les véhicules blancs de l'ONU se multiplient. D'ouest en est, de Tyr à Bint Jbeil, puis en remontant vers Marjayoun, les contingents se succèdent : Italiens, Turcs, Chinois, Français, Espagnols, Ghanéens, Indiens.
Ce maillage du terrain nourrit la confiance des responsables de la Finul. Ils savent que le risque d'un attentat existe, mais le colonel Alexandre Lalanne, représentant français au quartier général de la Finul, constate que, "depuis le 14 août 2006, date de la fin de la guerre de cet été, pas un coup de feu n'a été tiré. Une fois ou deux, indique-t-il, on a vu un type armé d'un kalachnikov à 800 mètres ; on a trouvé çà et là une roquette, quelques munitions, et c'est à peu près tout. Je crois que l'on peut dire qu'il n'y a plus, au sud du Litani, d'armement lourd significatif". Démonstration toute relative : comme les soldats libanais, les casques bleus ne fouillent ni les maisons ni les véhicules. Le Hezbollah est omniprésent, mais de façon presque virtuelle : dans leurs conversations avec les mokhtar (les maires), les officiers de la Finul évitent les sujets politiques, et les mokhtar se contentent souvent de se plaindre du tapage nocturne et des dégâts mineurs occasionnés par le passage des chars AMX 10 et Leclerc.
A Deir Kifa, le commandant du bataillon français, le colonel Olivier de Cevins, estime que la probabilité d'une reprise des hostilités est faible. "Le Hezbollah, explique-t-il, a pu enlever des soldats israéliens parce qu'il disposait de postes tout au long de la frontière. Mais aujourd'hui ce sont l'armée libanaise et la Finul qui occupent cette zone. Quant aux Israéliens, s'ils voulaient reprendre les hostilités au sud du Liban, il faudrait que leurs chars nous roulent dessus..." Hussein Ali Majed, maire de Kherbet Selem et membre d'Amal, le parti chiite rival et pour le moment allié du Hezbollah, résume la scène politique à une dichotomie : "Il y a un courant derrière les Etats-Unis (celui qui soutient Fouad Siniora), et un autre soutenu par la Syrie et l'Iran. Téhéran nous aide, et alors ? Doit-on refuser l'aide d'un ami ? Des gens poussent au conflit inter-libanais, mais nous ne nous laisserons pas entraîner dans une guerre civile : les armes du Hezbollah sont dirigées vers Israël, pas contre le Liban."
Quand ils patrouillent dans les villages, les soldats français saluent systématiquement de la main les villageois, qui lèvent le pouce ou restent indifférents, c'est selon. Mais la "fraternisation" va parfois plus loin. Ce jour-là, l'AMX 10 s'arrête au pied de la mosquée du village de Neir Ntar. Des gamins accourent, un soldat leur distribue des stylos à bille. Un homme invite toute la section à entrer dans une maison. C'est celle du richissime Kassem Houjej qui, comme beaucoup de chiites libanais, fait du "business" en Afrique. L'homme a une voix de stentor. Une rangée de serviteurs et de gardes du corps observent la scène, visage fermé.
"Le Hezbollah, c'est le peuple ! C'est lui, c'est lui, c'est lui", clame le maître des lieux, désignant tour à tour les hommes de marbre. "Regardez-les : ici, les hommes, les femmes, les enfants, sont prêts à mourir, ce sont de vrais patriotes, unis contre les Israéliens, qui mènent une guerre de religion." Des armes ? Il y en a dans toutes les maisons. "Si nous ne nous défendons pas contre Israël, qui le fera ?"
Au-delà de sa faconde tonitruante, Kassem Houjej exprime une opinion largement répandue dans le Sud. Y compris à Marjayoun, cette grosse bourgade située près de la frontière syrienne, où les chrétiens sont majoritaires. C'est là, à quelques kilomètres de la ville dans une zone dénudée, battue par les vents glacés qui descendent des hauteurs enneigées du Golan, que le bataillon espagnol a établi ses quartiers. Son chef, le général Juan Bautista Garcia Sanchez, commande le secteur est de la zone contrôlée par l'ONU.
Sa moisson d'armes et de munitions récupérées sur le terrain est modeste, mais les relations avec la population sont "excellentes". Le général Sanchez est confiant. "Nous sommes méditerranéens, ce sont des Phéniciens, nous nous comprenons." Les casques bleus espagnols sont installés dans des camps de tentes, mais ce provisoire ne va pas durer. Les plans de la "base Cervantès", qui occupera une surface de 20 hectares et pourra héberger plus de 1 300 soldats, attestent que l'Espagne, comme la France et l'Italie, envisage une présence à long terme au sud du Liban.
A l'accueil qui leur est réservé dans les villages, les casques bleus espagnols savent reconnaître s'il s'agit de chrétiens ou de chiites. "Les gens du Hezbollah, explique le capitaine Fernando Sanchez, du 10e bataillon de la Légion espagnole, sont moins démonstratifs. Ils suivent manifestement des consignes. Ils semblent satisfaits de nous voir, mais ils observent et connaissent tous nos mouvements, prennent des photos et des vidéos. Rien de grave, ajoute-t-il, de toute façon, nous sommes là pour être vus."
De part et d'autre de la frontière, soldats israéliens, libanais et casques bleus se sont installés, l'arme au pied, dans une attente dont chacun pressent qu'elle pourrait être longue. Des habitudes sont prises dans une relative sérénité. "C'est une mission tranquille, mais qui peut très vite dégénérer", corrige le capitaine Sanchez. La brusque éruption de violence politique qui a éclaté le 23 janvier au nord du Litani a rappelé la précarité de cette paix armée. Dès le premier jour de la paralysie de Beyrouth par le Hezbollah et ses alliés, le commandement de la Finul a monté d'un cran l'état d'alerte de ses soldats.
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28.01.2007
De l'air!
J’ai entendu hier — le croiriez-vous — pour la vingtième fois le chef-d’œuvre de Bizet. De nouveau j’ai persévéré jusqu’au bout dans un doux recueillement, de nouveau je ne me suis point enfui. Cette victoire sur mon impatience me surprend. Comme une œuvre pareille vous rend parfait ! A l’entendre on devient soi-même un « chef-d’œuvre ». — Et, en vérité, chaque fois que j’ai entendu Carmen, il m’a semblé que j’étais plus philosophe, un meilleur philosophe qu’en temps ordinaires : je devenais si indulgent, si heureux, si indou, si rassis... Etre assis pendant cinq heures : première étape vers la sainteté ! — Puis-je dire que l’orchestration de Bizet est presque la seule que je supporte encore ? Cette autre orchestration qui tient la corde aujourd’hui, celle de Wagner, à la fois brutale, factice et naïve, ce qui lui permet de parler en même temps aux trois sens de l’âme moderne, — à quel point elle m’est néfaste, cette orchestration wagnérienne. Je la compare à un siroco. Une sueur contrariante se répand sur moi. C’en est fait de mon humeur de beau temps.
Cette musique de Bizet me semble parfaite. Elle approche avec une allure légère, souple, polie. Elle est aimable, elle ne met point en sueur. « Tout ce qui est bon est léger, tout ce qui est divin court sur des pieds délicats » : première thèse de mon Esthétique. Cette musique est méchante, raffinée, fataliste : elle demeure quand même populaire, — son raffinement est celui d’une race et non pas d’un individu. Elle est riche. Elle est précise. Elle construit, organise, s’achève : par là elle forme un contraste avec le polype dans la musique, avec la « mélodie infinie ». A-t-on jamais entendu sur la scène des accents plus douloureux, plus tragiques ? Et comment sont-ils obtenus ! Sans grimace ! Sans faux-monnayage ! Sans le mensonge du grand style ! — Enfin : cette musique suppose l’auditeur intelligent, même s’il est musicien, — et en cela aussi elle est l’antithèse de Wagner qui, quel qu’il soit quant au reste, était en tous les cas le génie le plus malappris du monde. (Wagner nous prend pour des — —, il dit une chose jusqu’à ce que l’on désespère, — jusqu’à ce qu’on y croie.)
Et encore une fois : je me sens devenir meilleur lorsque ce Bizet s’adresse à moi. Et aussi meilleur musicien, meilleur auditeur. Est-il possible de mieux écouter ? — J’ensevelis mes oreilles sous cette musique, j’en perçois les origines. Il me semble que j’assiste à sa naissance — je tremble devant les dangers qui accompagnent n’importe quelle hardiesse, je suis ravi des heureuses trouvailles dont Bizet est innocent. — Et, chose curieuse ! au fond je n’y pense pas, ou bien j’ignore à quel point j’y pense. Car des pensées toutes différentes roulent à ce moment-là dans ma tête... A-t-on remarqué que la musique rend l’esprit libre ? qu’elle donne des ailes à la pensée ? que l’on devient d’autant plus philosophe que l’on est plus musicien ? — Le ciel gris de l’abstraction semble sillonné par la foudre ; la lumière devient assez intense pour saisir les « filigranes » des choses ; les grands problèmes sont assez proches pour être saisis ; nous embrassons le monde comme si nous étions au haut d’une montagne. — Je viens justement de définir le pathos philosophique. — Et sans que je m’en aperçoive des réponses me viennent à l’esprit, une petite grêle de glace et de sagesse, de problèmes résolus... Où suis-je ? Bizet me rend fécond. Tout ce qui a de la valeur me rend fécond. Je n’ai pas d’autre gratitude, je n’ai pas d’autre preuve de la valeur d’une chose. — [...]
Vous voyez déjà combien cette musique me rend meilleur ? — Il faut méditerraniser la musique : j’ai des raisons pour énoncer cette formule (Par delà le Bien et le Mal, aph. 256). Le retour à la nature, à la santé, à la gaieté, à la jeunesse, à la vertu ! — Et cependant j’étais l’un des wagnériens les plus corrompus... J’étais capable de prendre Wagner au sérieux... Ah ! le vieux magicien nous en a-t-il assez fait accroire ! La première chose que nous offre son art c’est un verre grossissant : on regarde au travers, on ne se fie plus à ses yeux. — Tout devient grand, Wagner lui-même devient un grand homme... Quel prudent serpent à sonnettes ! Toute sa vie il a agité la sonnette avec les mots de « résignation », de « loyauté », de « pureté », il s’est retiré du monde corrompu avec une louange à la chasteté! — Et nous l’avons cru...[...]
L’artiste de la décadence — voilà le mot. Et ici je commence à parler sérieusement. Je suis loin de demeurer spectateur inoffensif, quand ce décadent nous ruine la santé — et, avec la santé, la musique ? D’ailleurs, Wagner est-il vraiment un homme ? N’est-il pas plutôt une maladie ? Il rend malade tout ce qu’il touche, — il a rendu la musique malade. —
Un décadent typique qui se sent nécessaire avec son goût corrompu, dont il a la prétention de faire un goût supérieur, qui parvient à faire valoir sa corruption, comme une loi, comme un progrès, comme un accomplissement.
Et l’on ne se met pas en défense. Sa puissance de séduction atteint au prodige, l’encens fume autour de lui, les erreurs qui portent sur lui s’appellent « évangile » — il n’y a pas que les pauvres d’esprit qui se sont laissé persuader !
J’ai envie d’ouvrir un peu les fenêtres. De l’air ! Plus d’air ! —
Que l’on abuse sur Wagner en Allemagne, cela ne m’étonne pas. Le contraire me surprendrait. Les Allemands se sont fabriqué un Wagner qu’ils peuvent vénérer ; jamais encore ils n’ont été psychologues, ils expriment leur reconnaissance en comprenant de travers. Mais que l’on se soit également abusé sur Wagner à Paris, où l’on n’est pour ainsi dire plus autre chose que psychologue. Et à Saint-Pétersbourg ! où l’on pressent des choses que l’on ne devine même pas à Paris. Comme Wagner doit être parent de toute cette société européenne de décadence, pour ne pas être trouvé décadent par elle ! Il lui appartient : il est son protagoniste, son nom le plus illustre... On se fait honneur à soi-même en l’élevant dans les nuages. — Car le fait de ne pas se défendre contre lui est déjà un symptôme de décadence. L’instinct est atrophié. Ce que l’on devrait craindre c’est précisément ce qui attire. On porte aux lèvres ce qui mène encore plus vite à l’abîme. — Veut-on un exemple ? On n’a qu’à observer le régime que se prescrivent les anémiques, les goutteux ou les diabétiques. Définition du végétarien : un être qui a besoin d’une diète corroborative. Considérer ce qui est nuisible comme nuisible, pouvoir s’interdire quelque chose de nuisible, c’est encore un signe de jeunesse, de force vitale. L’épuisé se sent attiré par ce qui est nuisible : le végétarien par le légume. La maladie elle-même peut être un stimulant de vie : seulement il faut être assez sain pour ce stimulant ! — Wagner augmente l’épuisement : c’est pour cela qu’il attire les faibles et les épuisés. Oh ! la joie de serpent à sonnettes du vieux maître lorsqu’il vit venir à lui surtout les « petits enfants » ! —
Je mets en avant ce point de vue : l’art de Wagner est malade. Les problèmes qu’il porte à la scène — purs problèmes d’hystérie —, ce qu’il y a de convulsif dans ses passions, sa sensibilité irritée, son goût qui réclamait toujours des épices plus fortes, son instabilité qu’il travestit en principe, et particulièrement le choix de ses héros et de ses héroïnes, ceux-ci considérés comme types physiologiques (— une galerie de malades ! —) : tout cela réuni nous présente un tableau pathologique qui ne laisse aucun doute : Wagner est un névrosé. Rien n’est peut-être aujourd’hui plus connu, rien en tous les cas mieux étudié que le caractère protéiforme de la dégénérescence qui se chrysalide ici en un art et en un artiste. Nos médecins et nos physiologistes ont en Wagner leur cas le plus intéressant, tout au moins un cas très complet. Précisément parce que rien n’est plus moderne que cette maladie générale de tout l’organisme, cette décrépitude et cette surexcitation de toute la mécanique nerveuse, Wagner est l’artiste moderne par excellence, le Cagliostro de la modernité. En son art se trouve mêlé de la façon la plus séduisante ce qui est aujourd’hui le plus nécessaire à tout le monde, — les trois grands stimulants des épuisés, la brutalité, l’artificiel, et l’innocence (l’idiotie).
Wagner est une grande calamité pour la musique. Il a deviné en elle un moyen pour exciter les nerfs fatigués, — c’est ainsi qu’il a rendu la musique malade. Son génie de l’invention se surpasse dans l’art d’aiguillonner les plus épuisés, de rappeler à la vie les demi-morts. Il est passé maître dans l’art des passes hypnotiques, il renverse comme des taureaux les plus forts. Le succès de Wagner — son succès sur les nerfs et par conséquent sur les femmes — a fait de tous les ambitieux du monde musical des disciples de son art occulte. Et non pas seulement les ambitieux, mais aussi les malins... De nos jours on ne fait de l’argent qu’avec de la musique malade ; nos grands théâtres vivent de Wagner.
Friedrich Nietzsche, Le Cas Wagner
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27.01.2007
Vivement samedi!
A voir des joueurs s’échiner à progresser sur le terrain en faisant circuler un ballon dans la direction opposée à celle de l’objectif qu’ils se proposent de lui faire atteindre, à les voir se débarrasser soudain de ce trésor qu’ils ont eu tant de mal à s’approprier en l’expédiant hors des limites du jeu, à les voir s’entremêler pour des colloques où la loi de la jungle et celle du Talion s’imposent à l’esprit, l’impression première pourrait suggérer qu’une équipe de rugby constitue un ramassis d’anarchies absurdes, capricieux et féroces.
Or, le fait même que le rugby, à l’inverse du football qui s’en prévaut tellement, ne soit pas un sport universel le désigne précisément comme un jeu de sociétés ou mieux : le jeu d’une société, l’émanation d’un certain mode de civilisation, son reflet définissable et son porte-parole. Il va d’évidence que chaque nation, chaque région, chaque club, joue avec un accent qui lui est propre et que, ainsi entendu, le rugby est un moyen d’expression. Mais, dans la mesure exacte où il est un sport de contacts au plein sens du terme, il n’exclut pas le dialogue et peut s’ériger à la hauteur d’un langage commun à une élite, dont la singularité très précieuse serait d’être à la fois allègre et grave, rusé et moral, violent et intelligent. Alors, on s’aperçoit que l’essentiel n’est peut-être pas de jouer contre l’adversaire mais de jouer avec lui; que "ces haines vigoureuses" dont parle déjà Molière procèdent en général d’un fonds traditionnel de prodigalité et sont à mettre au compte de ceux qu’Andy Mulligan a appelé les "anges ivres"; et qu’il est loisible d’augurer que les brutes les plus obtuses, échangeant plus tard les souvenirs de leurs affrontements, n’en retireront que le sentiment attendri d’avoir vécu de pairs à compagnons les beaux loisirs de la jeunesse. Par-là, on pressent déjà que le rugby s’inscrit spontanément dans un décor sentimental et qu’on y respire l’air d’un pays où l’homme capable de porter un ballon ovale contre sa poitrine s’avancera.
Antoine Blondin
18:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Rugby
Jeanne
I
COMME elle avait gardé les moutons à Nanterre,
On la mit à garder un bien autre troupeau,
La plus énorme horde où le loup et l’agneau
Aient jamais confondu leur commune misère.
Et comme elle veillait tous les soirs solitaire
Dans la cour de la ferme ou sur le bord de l’eau,
Du pied du même saule et du même bouleau
Elle veille aujourd’hui sur ce monstre de pierre.
Et quand le soir viendra qui fermera le jour,
C’est elle la caduque et l’antique bergère,
Qui ramassant Paris et tout son alentour
Conduira d’un pas ferme et d’une main légère
Pour la dernière fois dans la dernière cour
Le troupeau le plus vaste à la droite du père.II
COMME elle avait gardé les moutons à Nanterre
Et qu’on était content de son exactitude,
On mit sous sa houlette et son inquiétude
Le plus mouvant troupeau, mais le plus volontaire.
Et comme elle veillait devant le presbytère,
Dans les soirs et les soirs d’une longue habitude,
Elle veille aujourd’hui sur cette ingratitude,
Sur cette auberge énorme et sur ce phalanstère.
Et quand le soir viendra de toute plénitude,
C’est elle la savante et l’antique bergère,
Qui ramassant Paris dans sa sollicitude
Conduira d’un pas ferme et d’une main légère
Dans la cour de justice et de béatitude
Le troupeau le plus sage à la droite du père.III
ELLE avait jusqu’au fond du plus secret hameau
La réputation dans toute Seine et Oise
Que jamais ni le loup ni le chercheur de noise
N’avaient pu lui ravir le plus chétif agneau.
Tout le monde savait de Limours à Pontoise
Et les vieux bateliers contaient au fil de l’eau
Qu’assise au pied du saule et du même bouleau
Nul n’avait pu jouer cette humble villageoise.
Sainte qui rameniez tous les soirs au bercail
Le troupeau tout entier, diligente bergère,
Quand le monde et Paris viendront à fin de bail
Puissiez-vous d’un pas ferme et d’une main légère
Dans la dernière cour par le dernier portail
Ramener par la voûte et le double vantail
Le troupeau tout entier à la droite du Père.
IV
COMME la vieille aïeule au plus fort de son âge
Se réjouit de voir le tendre nourrisson,
L’enfant à la mamelle et le dernier besson
Recommencer la vie ainsi qu’un héritage ;
Elle en fait par avance un très grand personnage,
Le plus hardi faucheur au temps de la moisson,
Le plus hardi chanteur au temps de la chanson
Qu’on aura jamais vu dans cet humble village :
Telle la vieille sainte éternellement sage
Connut ce que serait l’honneur de sa maison
Quand elle vit venir, habillée en garçon,
Bien prise en sa cuirasse et droite sur l’arçon,
Priant sur le pommeau de son estramaçon,
Après neuf cent vingt ans la fille au dur corsage ;
Et qu’elle vit monter de dessus l’horizon,
Souple sur le cheval et le caparaçon,
La plus grande beauté de tout son parentageV
COMME la vieille aïeule au fin fond de son âge
Se plaît à regarder sa plus arrière fille,
Naissante à l’autre bout de la longue famille,
Recommencer la vie ainsi qu’un héritage ;
Elle en fait par avance un très grand personnage,
Fileuse, moissonneuse à la pleine faucille,
Le plus preste fuseau, la plus savante aiguille
Qu’on aura jamais vu dans ce simple village
Telle la vieille sainte éternellement sage,
Du bord de la montagne et de la double berge
Regardait s’avancer dans tout son équipage,
Dans un encadrement de cierge et de flamberge,
Et le casque remis aux mains du petit page,
La fille la plus sainte après la sainte Vierge.VI
COMME Dieu ne fait rien que par miséricordes,
Il fallut qu’elle vît le royaume en lambeaux,
Et sa filleule ville embrasée aux flambeaux,
Et ravagée aux mains des plus sinistres hordes ;
Et les coeurs dévorés des plus basses discordes,
Et les morts poursuivis jusque dans les tombeaux,
Et cent mille Innocents exposés aux corbeaux,
Et les pendus tirant la langue au bout des cordes
Pour qu’elle vît fleurir la plus grande merveille
Que jamais Dieu le père en sa simplicité
Aux jardins de sa grâce et de sa volonté
Ait fait jaillir par force et par nécessité ;
Après neuf cent vingt ans de prière et de veille
Quand elle vit venir vers l’antique cité,
Gardant son coeur intact en pleine adversité,
Masquant sous sa visière une efficacité ;
Tenant tout un royaume en sa ténacité,
Vivant en plein mystère avec sagacité,
Mourant en plein martyre avec vivacité,
La fille de Lorraine à nulle autre pareille.
VII
COMME Dieu ne fait rien que par simple bergère,
Il fallut qu’elle vît la discorde civile
Secouer son flambeau sur les toits de la ville
Et joindre sa fureur à la guerre étrangère ;
Il fallut qu’elle vît l’horrible harengère
Haranguer le bas peuple et la tourbe servile,
Et de la halle au blé jusqu’à l’hôtel de ville
Refluer le hoquet de l’odieuse mégère
Pour qu’elle vît venir merveilleuse et légère,
Par les chemins de ronce et de frêle fougère,
Pliant ses beaux drapeaux comme une humble lingère ;
Gouvernant sa bataille en bonne ménagère,
Traînant les trois Vertus dans quelque fourragère,
Vers l’antique vaisseau la jeune passagère.
Charles Péguy
La Tapisserie de Sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc.
13:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Jeanne d'Arc
26.01.2007
La misère du système éducatif français
J'ai travaillé durant une année dans un collège en tant qu'assistante d'éducation et j'ai pu constater dans quel état de délitement se trouvaient nos établissements aujourd'hui. En effet, la situation est plus qu'alarmante: violence, vulgarité, défit face à l'autorité (dépassant de loin celui normal et compréhensible de l'adolescence), manque de culture, désintérêt pour le travail etc...
Les équipes pédagogiques, passant plus de temps à faire de la psychologie, de la pédagogie et aussi "la police", la transmission et l'apprentissage du savoir passent au second plan.
Comment pourrait-il en être autrement?
Les classes sont surchargées, rendant impossible un suivi personnel des élèves et une réelle prise en charge des difficultés. Parallèlement à cela, des postes sont supprimés au concours et des emplois d'encadrement non créés. Les infirmières scolaires quant à elles, faute de personnel, sont présentes deux demi journées par semaine, jonglant sur 4 ou 5 collèges à la fois!
Mais le souci ne se situe pas qu'au niveau des moyens, il me semble qu'il y a aussi un véritable problème idéologique dans la manière dont on a conçu l'enseignement ces 40 dernières années.
On a voulu mettre l'enfant "au centre" de l'enseignement, oubliant alors les notions d'effort, et d'autorité de l'enseignant. Selon Philippe Meirieu, maître d'oeuvre de la réforme de Claude Allègre en 1999, "l'enseignant doit être un pourvoyeur d'occasions, un inventeur de situations d'apprentissage, il n'est pas là pour obliger à apprendre... car l'élève doit exprimer lui même sa volonté". Les programmes ,ont été allégés d'années en années. En 2005, la multiplication a disparu des tests de CE2 et la soustraction est sans retenue. Aujourd'hui, 20% des élèves rentrant en 6ème ne savent pas lire et 160 000 jeunes sortent du système éducatif sans diplôme ni qualification, venant grossir les rangs des chômeurs de moins de 25 ans (plus de 22% contre7,6 en Grande Bretagne et 5,5 en Allemagne).
S'ajoute aussi à ces échecs, la question de l'orientation. Une vieille tradition intellectualiste française a conduit à la dévalorisation des métiers manuels et de leur apprentissage. Il faut redonner la fierté et la satisfaction d' être un bon artisan. Bien entendu la question de la formation pose aussi celle de la revalorisation des salaires. Un travail pénible, dur, demandant des sacrifices,doit être rémunéré en conséquence. Peut être alors qu'il y aura plus de candidats voulant devenir maçon, charpentier , couvreur, etc...
Sans ces ouvriers possédant un savoir faire certain, les bobos ne pourraient pas s'acheter un appartement coûtant 15 000 euros le mètre carré. (car généralement ils ne savent même pas réparer une serrure ou un évier).
Ainsi, il est urgent de faire des réformes concernant l'enseignement et l'orientation, afin de redonner des perspectives d'avenir et de croire de nouveau dans la valeur du travail, valeur qui n'a rien de "populiste."
Je vous renvoie pour un plus ample développement à l’excellent dossier de la NRH, numéro 26, septembre-octobre 2006 « l’Ecole: Du succès au chaos »
Nastia
12:00 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Education, Pédagogie
25.01.2007
La Grâce
22:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sainte Thérèse de Lisieux
Vers un nouveau nomos de la terre
15:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Diplomatie, Multilatéralisme, Impérialisme
22.01.2007
Le chat bourgeois , Jean Anouilh
Un chat tuait sans vrai désir.
C'était un chat très riche et il n'avait pas faim
Il faut bien se distraire enfin :
Chat bourgeois a tant de loisirs....
On ne peut pas toujours dormir sur un coussin.
De souris, il ne mangeait guère ;
Son pedigree fameux l’ayant mis au dessus
Des nourritures du vulgaire.
Son régime était strict. Cet immeuble cossu,
En outre visité, à des dates périodiques,
Par les services de la dératisation,
Gens aux procédés scientifiques,
Tuant sans joie ni passion,
Au nom de I’administration,
De rat, de vrai bon rat, qui fuit et qu’on rattrape
Négligemment, ne le tuant qu’à petits coups
Sans tuer son espoir - vrai plaisir de satrape -
Il n'y en avait plus du tout
Avec leurs poisons et leurs trappes.
Restaient quelques moineaux bêtes et citadins,
Race ingrate
Qu’on étendait d'un coup de patte :
Assez misérable fretin.
Oubliant les rats,
L’employé du service d'hygiène ne vint pas.
On l'avait convoqué
Sur une autre frontière.
Pour tuer cette fois des hommes. Et la guerre,
Approchant à grands pas des quartiers éIégants,
Les maîtres de mon chat durent fuir sans leurs gants,
En un quart d'heure, sur les routes incertaines.
Dans l'impérieux souci de sauver leur bedaine
Ils oublièrent tout, les bonnes et le chat.
Les bonnes changèrent d'état.
Loin de Madame, violées par des militaires,
Elles si réservées, elles se révélèrent
Putains de beaucoup de talent.
Leur train de vie devint tout à coup opulent
Et elles prirent une bonne.
Après un temps de désarroi,
Le chat, devenu chat, comprit qu’il était roi;
Que la faim est divine et que la lutte est bonne.
D'un oeil blanc, d'une oreille arrachée aux combats
Dont il sorti vainqueur contre les autres chats,
Il paya ses amours royales sous la lune.
Sans régime et sans soin, ne mangeant que du rat
Il perdit son poil angora
Qui ne tenait qu’à sa fortune
Et auquel il ne tenait pas;
Il y gagna la mine altière
Et I’orgueil des chats de gouttière,
Et bénit à jamais la guerre
Qui offre aux chats maigris des chattes et des rats.
Jamais ce que l'on vous donne
Ne vaudra ce que l'on prend
Avec sa griffe et sa dent.
La vie ne donne à personne.
Jean Anouilh
Fables.
15:35 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Chat
Hommage à l'Abbé Pierre
09:45 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note













